Phénomène – Samedi 2 juillet 2016, le premier Mister Puppy Suisse sera désigné à la Gay Pride de Fribourg. Une pratique qui explose en Suisse et en Europe, selon les organisateurs du concours.

Masque de chien, combinaison noire et genouillères, Farex est à quatre pattes devant la télévision. Il émet quelques jappements pour signaler sa présence et fait couiner un petit jouet fluo. D’un geste, Sacha, son maître-chien, lui ordonne de se calmer. Sous le masque de canidé se cache en réalité Kevin, un jeune homme de 24 ans. Lui et son maître participeront à la première élection de Mister Puppy Suisse qui aura lieu ce samedi après-midi lors de la Gay Pride fribourgeoise. Face à eux, quatre autres «chiots» chercheront à décrocher la couronne nationale.

«Je suis son propriétaire depuis cinq mois, je dois le protéger et prendre soin de lui. En échange, lui doit m’obéir», explique Sacha, tout en précisant que le jeu ne dure que tant que Farex porte son masque. Le reste du temps, ils se comportent comme un couple normal. «Et ce n’est pas parce qu’il est en costume que je vais le traiter comme un chien. Cela reste un humain, il faut garder ce respect», souligne-t-il.

Une laisse pour la promenade

Farex ne peut tout de même pas parler et confirme d’un hochement de museau. Redevenu Kevin, il explique ce qui lui plaît dans le fait de se balader à quatre pattes. «Dans mon métier, je dois faire preuve d’autorité et gérer beaucoup de choses. J’apprécie de pouvoir lâcher prise et d’être quelqu’un d’autre», détaille-t-il. Le jeune homme ajoute que cela lui a également permis de mieux se connaître et de découvrir ses limites.

S’il pratique le «dog training» – l’entraînement canin – depuis seulement cinq mois, Kevin s’intéresse à la pratique depuis plusieurs années. «Au début, j’ai eu un peu de peine à accepter mon côté fétichiste, mais j’ai découvert peu à peu et aujourd’hui j’assume qui je suis», assure-t-il. Tout en fixant sa laisse à son collier pour l’emmener en promenade, son maître abonde. «Cela a été plutôt bien accepté par notre entourage. Mais dans tous les cas, c’est notre vie privée, cela ne regarde personne d’autre», affirme Sacha. Nicolas, Fribourgeois de 39 ans, et Hadès, son «rottweiller», les accompagnent dans leur promenade. Ce sont eux qui organisent l’élection de samedi à la Gay Pride pour CLAMP, l’association fétichiste suisse. Miss et Mister Latex ainsi que Cuir 2016 seront également nommés à cette occasion. En plus d’un jury professionnel, le grand public sera aussi invité à donner son avis.

«Pas forcément du sexe»

«C’est le seul jour où je peux sortir tout ce que je planque toute l’année dans mon placard», souligne Nicolas. L’occasion de faire tomber quelques tabous, selon lui. «La seule manière de gagner un peu de liberté, c’est de montrer que cela existe. Cela permettra peut-être à d’autres de se lâcher», espère le Fribourgeois. D’après lui, la Suisse est encore très en retard dans ce domaine par rapport aux autres pays européens.

Ce grand connaisseur de la scène fétichiste helvétique l’assure, nombreux sont ceux qui préfèrent rester cachés. Pour le moment. «Si l’élection se passe bien, je pense qu’il y aura davantage de candidats l’an prochain. Il doit y avoir quelques centaines de «chiots» en Suisse actuellement. C’est une pratique qui explose en ce moment», analyse-t-il. Il précise aussi que, chez les femmes, ce sont les costumes de poneys et de chats qui ont la cote.

S’il admet que leur pratique peut interpeller, Nicolas ne craint pas la réaction du public ce samedi. «J’ai eu de très bonnes expériences à l’étranger. Si vous le faites avec le sourire et que vous expliquez calmement, tout se passe bien», affirme l’organisateur. Et il promet que leur but n’est absolument pas de choquer ou de s’exhiber. «Nous respectons la loi et la bienséance et nous faisons attention à l’image que nous donnons.»

Si le Fribourgeois prend autant de précautions, c’est qu’il regrette que le «dog training» soit souvent mal compris. «Il y a un faux amalgame entre chien, chienne et salope. Mais cela n’implique pas forcément du sexe ou du BDSM», détaille-t-il tout en reconnaissant un rapport de séduction entre les deux partenaires. A ses yeux, la pratique doit avant tout rester un jeu. «C’est l’occasion de faire des câlins, des papouilles, de transmettre de l’affection autrement. L’important, c’est de ne pas se prendre au sérieux.»

Sacha et Farex, eux, ont tout de même l’esprit de compétition. «On est déjà superfiers de participer. Mais on le serait encore plus de gagner», assurent-ils.

(Le Matin)

La Suisse va élire son Mister Chien
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